Chroniques du monde démoniaque




Préface :


De nombreux voyages m'ont conduit bien loin des terres civilisées du monde sans nom. Mon corps et mon esprit ont vogué hors du temps et de l'espace... Moi qui recherchait la puissance que seule l'Arme pouvait me fournir, je devais me rendre dans un autre plan, le plan de l'un des Ainés... Je devais courir des risques plus grands qu'il aurait été possible pour un seul être... Mon âme de drow ne craignait pas la mort, pas plus que les démons... J'avais tort...

La peur est un sentiment bien étrange... Elle guide les pas de l'homme, et nous autres drows ignoront ce sentiment. Le futur ne nous fait pas peur. La mort nous est inconnue, et nous ne craignont point de la voir venir. Mais en ces terres en dehors de la domination du grand Nyarlathotep, des tourments pire que la mort, pire que la vie existaient. Des choses que les mortels ne connaissent point, et dont peu sont revenus vivants. Des survivants dont je fait partie.

Pour tous ceux qui, comme moi auparavant, ignoraient tout de la réelle civilisation démoniaque, il est de mon devoir de les guider vers la vérité, vérité que j'ai découverte...

Aussi, les Chroniques du Monde Démoniaque tacheront de guider les âmes ignorantes vers la vérité.



Sire Belannaer, Prince de Tor Achare.






I - Un monde hors du temps et de l'espace


J'avais passé le portail, une magie disparue du monde dans lequel nous vivons, et voyageai à travers diverses dimensions. Au terme de ce périple en soi, mes yeux n'avaient jamais vu tel paysage. Le ciel en est le plus parfait exemple. Celui-ci était rouge, comme si nous nous trouvions en enfer. Je n'oublierai jamais la couleur de ce ciel, car il m'a été donné peu de fois de le voir. Des nuages d'un grand noir recouvrait entièrement celui-ci, et rares furent les fois ou les nuées s'écartèrent pour offrir à mes yeux la vue de ce ciel sanglant. Au cours de mon odyssée loin de mon monde, il m'a été donné de voyager cette contrée, et toujours mes yeux furent surpris par le monde qui s'étendait à mes pieds. Cette contrée était composée de plusieurs territoires.

Au nord de ce monde s'étendait les Grands Monts, domaine froid et apre, que seuls les démons des glaces peuplent. La température y est incomparablement plus froide que dans nos régions nordiques totallement désolées. La glace recouvre les hauts plateaux qui composent cette contrée et tous les sommets sont enneigés éternellement. Les géants des glaces qui habitent notre monde y seraient à leur aise, tant ces régions sont habitables par des créatures que le Grand Créateur a conçu insensibles au froid, et il est fort possible que certains d'entre eux les aient peuplés, cependant il ne reste aujourd'hui que le peuple maitre de ce domaine, les démons. Ces terres sont peu explorables pour nous autres drows, qui sommes pourtant dotés d'une grande agilité. Les chemins sont peu praticables, passant sur des versants de falaise où les éboulements sont fréquents, sur des congères peu stables, ou les vents et les blizzards asphyxient les poumons des malheureux qui s'y rendent. Les cols sont emplis de pitons rocheux, aussi cette exploration n'a pas été poussée excessivement loin dans ces terres gelées.

Au sud s'étendent les Contrées Volcaniques qui sont en quelque sorte le total opposé des Grands Monts. En ce lieu, chaines de volcan, eruptions à même le sol, geysers brulants et poches de soufre s'ouvrant dans les plateaux où le cuir le plus résistant résiste bien peu de lieues, sous l'effet de la chaleur émanant du sol. Bien plus praticable que la contrée précédente, les conditions extrêmes pour une créature tel qu'un drow ou tout autre ne me permirent pas non plus de me rendre loin au Sud, mais ces contrées s'étendaient à perte de vue, des plateaux composée de roches volcaniques, des torrents de lave, et des éruptions sont monnaie courante en ce lieu. Des nuées de cendre, telles nos tempetes de sable dans les déserts, surviennent parfois, et sont bien souvent mortelles, calcinant toute organisme vivant, et le figeant. Ainsi, de nombreux champs de statues vivantes hantent ces lieux, et c'est grâce à celles-ci qu'il m'a été possible de déterminer les populations vivant autrefois le domaine démoniaque. Ce domaine est peuplé par les démons du feu, qui sont les seuls à pouvoir survivre en ces contrées où nul autre ne peut espérer établir une vie...

Au coeur même de ce domaine, un paysage plus viable s'étendait à l'est jusqu'aux contrées les plus occidentales, car l'ouest était composé exclusivement de la mer. Ainsi ces terres ressemblaient en grande majorité à notre monde. Il y avait de tout, avec quelques nuances à apporter. Des collines, de vastes plaines, des cours d'eau, quelques monts, et même des forêts. Tout était semblable, sauf en un point, un point crucial. La totallité de ce territoire était entièrement corrompu par le peuple qui y avait élu résidence. Ce territoire n'avait plus rien à voir avec le notre. Les forets étaient composées d'arbres noirs comme l'ébène. Les plaines verdoyantes prenaient ici des teintes brunes. L'eau semblait la seule épargnée, et ne portait qu'une couleur plus sombre que celle qui nous est donnée de voir dans le monde que nous habitons, sauf peut-être chez nous autres drows. Aussi appelai-je cette contrée la Plaine Noire. Toutes ces terres étaient composées de cette façon. Et ce territoire s'étendait jusqu'à une chaine de montagnes à l'est, alliance des Grands Monts et des Contrées Volcaniques, où la température éait tout aussi extrême, d'un grand froid, le terrain difficilement praticable, mais où quelques volcans avaient élu domicile.

Ainsi le territoire des démons, tel une cuvette, était composé. C'est au cours de mes nombreuses années en ces terres que j'ai pu explorer ce territoire, aussi, n'ayant point de quoi retranscrire ceci, ou de crayon, il m'a ainsi été impossible d'en faire une carte. Ce territoire est tel qu'il est dans mes souvenirs, aussi je vous demande de pardonner le manque de précision dont il fait preuve...



Sire Belannaer, Prince de Tor Achare






II - Un culte omniprésent...


Avant d'aborder la société pleinement, il est de mon devoir de parler des cultes en vigueur dans ce monde, car ils sont prépondérants dans l'organisation de cette société.
Les cultes régissent la société démoniaque. Ils sont partout, de la nature même des démons à leur mode de vie. Nul ne peut se passer d'eux ou passer outre. Aucun démon ne sert aucun dieu, et tous sont sous la juridiction d'un des dieux.

Ceux-ci sont au nombre de trois, qu'il m'est nécessaire de présenter.

Le premier d'entre eux est Arkaar, le Dieu du Sang. Celui-ci est impitoyable et ses prouesses martiales témoignent d'une force bestiale. Il est bien souvent représenté sous la forme d'une créature féroce, à la musculature surdéveloppée, assis sur un trône de pierre que le sang a rendu pourpre, au sommet d'une montagne de cranes qui sont les offrandes de ces serviteurs. Rares sont les temples de ce dieu, car nul ne peut mieux le servir que sur les champs de bataille. Bien des démons portent sa marque, et ceux-ci témoignent d'une grande férocité, d'une bestialité même surprenante pour un tel peuple. C'est sans aucun doute une divinité mineure sous la direction de Karkas, qui a néanmoins un pouvoir quasi absolu avec ses deux autres confrères, en ce monde abandonné par tous.

Ensuite vient Onogal, le Dieu de la Déchéance. Les famines, les maladies et autres épidémies, toutes les pestes proviennent de ce sombre dieu. Le déclin engendré par le temps est l'une de ces oeuvres. Il est principalement représenté sous la forme d'une créature massive, immonde, infestée de bubons, de pustules, de cloques. Ce dieu est dit particulièrement généreux envers les créatures sous sa juridiction, aussi leur confère-t-il une longévité encore supérieure, une totale ignorance de la souffrance physique, malgré le pourrissement de leurs corps. Ce dieu est quant à lui un divinité mineure sous la direction de Meselsius, mais est particulièrement adoré par les démons qui se réjouissent de voir nombres de souffrances infester les diverses régions de l'univers tout entier.

Enfin arrive Lanshor, le dieu du Plaisir et des Souffrances. Il est à l'origine des pulsions, des excès, et nombreux sont ceux qui cèdent à la tentation de le rejoindre, même parmi les créatures de notre monde. Il est souvent représenté comme divinement gracieux et ravissant, irrésistible. Il est celui qui tire le plus grand plaisir de la souffrance, et les démons qui le suivent sous eux aussi frappés par son charisme et sa curieuse vision du plaisir. Néanmoins, l'attraction qu'il exerce est grande. Nombre de démons féminins l'ont rejoint, et seuls ceux qui le servent connaissent les plaisirs les plus intenses qu'il ait été donné de connaitre aux créatures de Nyarlathotep. Il est sans aucun doute au service d'Astarok, la déesse des ténèbres, et est peut être le noyau de l'attraction que provoque le mal, et de la tentation qui est exercée sur chacun de nous de succomber au coté obscur de notre âme...

Ainsi est composée la religion en ce monde, aussi est-il temps pour moi de vous parler des démons en eux-mêmes... Des drows font exception à la règle et sont les seules autres personnes habilitées à vivre dans ce monde démoniaque. Ils y jouent le rôle de Prêtres du Chaos. En réalité, ils n'ont plus de drow que le nom, car ils ont été croisés tant de fois avec des démons qu'ils sont aujourd'hui plus démons qu'autre chose. Ils possèdent le savoir des arcanes et de puissants pouvoirs, alliant leur maitrise des vents de mana à leur connaissance quasi absolue de la magie. Ils sont les prêtres des trois Dieux démoniaques et sont des liens entre les démons et leurs maitres. Ils ont également la charge des quelques lieux de cultes et sont chargés de protéger quelques lieux "saints", qui sont des pôles où les Dieux se sont manifestés.



Sire Belannaer, Prince de Tor Achare






III- Une grande diversité de démons formant une société...


- Une diversité de démons :


Les démons sont en effet dépendants des dieux, et cette dépendance va influer sur leurs caractères. Il existe en effet plusieurs types de démons, selon leur dieu tutélaire, et ceux-ci sont hiérarchisés, selon la faveur que leur a accordé leur dieu, du moins pour ceux de la Plaine Noire, car ceux sont les seuls à posséder une société clairement définie. Les démons du feu et des glaces sont quant à eux logiquement dirigés par quelques démons supérieurs d'une grande puissance à qui ils obéissent aveuglément ou meurent dans d'horribles souffrances, pour avoir osé se rebeller contre de telles puissances. Néanmoins ces démons, non organisés, comptent parmi les plus puissants, ce qui a permis leur survie, face à une société plus organisée et supérieure en nombre.

Nous allons ainsi dans un premier temps parler des démons d'Arkaar. Ceux-ci sont nommés les Hurlesang. Ce sont des démons, mineurs pour la plupart. Les armes qu'ils portent ont été abreuvées de générations de guerriers et ils combattent en déclamant le nom de leurs victimes. Ce sont des créatures à l'image de leur maître, bestiales, sanguinaires et totalement associales. Aussi est-il difficile de concevoir une société avec de tels démons, car ils seraient capable d'organiser des guerres entre eux afin d'assouvir la soif de sang de leur sombre maitre...
Ces Hurlesang sont de différents niveaux et possèdent différents aspects. Leur puissance varie grandement, et leurs aspects également. Ceux-ci prennent ainsi bien souvent une apparence plutôt animale, ce qui les rend impressionnants, et ceux-ci cherchent toujours plus à montrer leur puissance. Leur musculature est ainsi disproportionnée. Ces démons, féroces car Arkaar lui même a souhaité que ses démons se comportent de la sorte, sont bien souvent à l'écart de la société, mais font des chefs charismatiques et respectés, des généraux doués pour la guerre, des guerriers taillés pour le combat.

Ensuite, il est temps d'aborder les démons d'Onogal. Le dieu de la Déchéance affectionne tout particulièrement voir la pourriture, la décomposition parmi ses démons, auquel il porte un amour sans limite. Dans un premier temps, ce dieu compte une foule de démons mineurs, ces Marchepeste. Ceux-ci possèdent des visages distendus et cyclopéens, sur des carcasses, rongées, décomposées, à la peau déchirée, laissant apparaitre des entrailles et des boyaux pourrissants. Ceux-ci ne ressentent pas la douleur, étant eux-mêmes une quintessence de la mort la plus atroce... Ils sont néanmoins plus sociaux que leurs congénères d'Arkaar, car moins sanguinaires, mais plus entropistes, et bien plus en empathie avec le monde qui les entoure, sa pourriture, sa corruption.
Tout démon d'Onogal tentera de prendre un aspect des plus immondes, aussi ceux-ci se concurrencent-ils dans l'horreur que constitue leur corps, que ce soient par la pourriture qui s'est emparée de leur corps, leurs chairs toujours plus putrifiées, les organes visibles à l'oeil nu, les membres en décomposition, les formes disproportionnées, montrant à tous ceux qui les voient le pouvoir de la Déchéance, qui peut s'étendre jusqu'à des possibilités extrêmes.

Enfin, il nous reste à parler des démons de Lanshor, ou plutôt des démonettes. Comme il a été dit précédemment, Lanshor compte principalement parmi ses favoris des favorites, qui peuvent pleinement amener le plaisir a son paroxysme. D'une époustouflante mais perturbante beauté, elles peuvent offrir aux mortels des plaisirs indicibles. Leurs pattes légères et musculeuses les transportent dans une danse obscène, et un de leurs bras se termine par une pince. Elles privent de volonté quiconque les contemple, et paraissent frêles et vulnérables alors qu'il n'en est rien. Leur pince est des plus mortelles et venimeuses armes qui existent.
Ces démonettes prendre comme il a été dit les formes les plus subtiles, les plus magnifiques qu'il ait été donné de voir à un être vivant, et les plus sournoises en même temps. Des bras multiples, des appendices à la fois sensuels et mortels, un visage sublime cachant un mal des plus profonds sont autant de marque de telles démons. Ces démonettes éprouvent un plaisir des plus intenses face à la souffrance, que ce soit celle reçue, ou celle fournie, aussi sont-elles particulièrement sadiques, fourbes, sournoises, perverses et vicieuses.

Enfin, certains élus se voient affublés d'une grande bonté de la part des trois dieux qui vont fournir chacun à un même démon des pouvoirs. Ceux-ci dominent même les démons supérieurs et sont d'une puissance incomparable. Les affronter relèverait du suicide. Ceux-ci sont bien plus indépendants car ne servent pas un dieu en particulier mais l'ensemble de ce sombre Triumvirat divin. Ils sont aussi proches du stade de demi-dieu que de démon, aussi les appelle-t-on Grand Démon, ou Prince Démon. Ils dominent les masses de démons de la Plaine Noire, et sont bien peu nombreux, allant même jusqu'à se compter sur les doigts d'une main.
Il sont reconnaissables à un trait de caractère particulier, qui les démarque de leurs frères. Ils sont capables de contrôler leurs pouvoirs démoniaques, et de les libérer quand bon leur semble, ce qui les rend encore plus redoutables. Leur particularité physique est leurs yeux d'argent, qui sont la marque de leur rang hors normes.

- Société et besoins :


La société démoniaque repose sur la force, et s'est parfaitement imposée face à une anarchie que l'on pourrait supposer de la part de créatures servant les Ainés. Les démons majeurs sont considérés comme des demi-dieux par leurs confrères plus faibles, et réunissent autour de leurs demeures sombres nombre de servants qui souhaitent obtenir leurs faveurs. Ainsi sur la base de temples construits en leur honneur, les démons majeurs voient autour d'eux se former des villages, voire des cités à différentes échelles, selon le niveau du démon.

Ces démons, du plus faible au plus puissant, se nourrissent de deux éléments. D'une part, ils se nourrissent de viande, et boivent du sang, comme nos vampires, mais absorbent l'énergie des vents de mana qui parcourent les terres qu'ils peuplent. Ces vents de mana sont tout aussi nécessaires à leur essence que n'importe quelle nourriture. Aussi sans elle ne peuvent-ils vivre... Ces deux besoins cruciaux entrainent un fort taux de mortalité parmi les démons. Ceux-ci se tuent parfois entre eux, affamés, ou tout simplement ayant absorbé trop de mana, les rendant tout simplement fous. Ces meurtres fréquents ne nuient néanmoins pas aux relations entre démons, car la soif de sang et de mort fait partie de leur nature. Elle est au contraire nécessaire, et une société sans meurtre serait fort mal vue...

Les démons n'ont point instauré d'économie. Ils ignorent tout de ce qu'est la monnaie. Seul le troc est pratiqué entre eux. Ils n'ont point besoin d'user d'une quelconque monnaie, et vivent de par le vol, la force et la violence. Toute possession d'un quelconque démon a à la base été volée ou obtenue par la force, ou la guerre. Le commerce est lui aussi particulier. Nul ne s'opposera au plus fort. Si la demande est effectuée par un puissant démon, redoutable, nul ne s'opposera à l'offre d'achat, quelle que soit l'injustice. En revanche, et par opposition, les démons les plus faibles ne sont pas habilités à négocier, il leur est très difficile de le faire, sinon par la sournoiserie...

Les pulsions sont nombreuses entre démons, avec des démonettes qui accentuent un tel phénomène de part leur beauté sans égale, et la bestialité étant considérée comme un facteur d'attirance chez les démons. Aussi la reproduction est fréquente chez les démons et ceux-ci ont un fort taux de natalité. L'accouplement chez les démons est incomparable de part l'étrangeté de celui-ci. Ils sont un exemple parfait du fait que même les créatures les plus bestiales sont capables de beauté. La femelle et le mâle quittent leurs enveloppes corporelles et leurs essences se mêlent pour engendrer leur progéniture. La gestation dure également quelques semaines, et les démons peuvent se reproduire bien souvent. Le fort taux de meurtre et le fort taux de natalité créé une certaine balance démographique, avec une augmentation néanmoins constante du nombre de démons.

La guerre est courante entre démons. Chacun tente d'imposer sa loi et les conflits entre "demi-dieux" sont fréquents. Aussi les guerres sont fréquentes et chaque démon majeur se retrouve nécessairement en conflit avec son voisin, afin d'affirmer son autorité. Les duels entre démons majeurs sont fréquents par conséquents et d'un niveau hors normes, les deux camps présentant des talents dignes des plus grandes louanges. Aussi le monde démoniaque est-il instable, avec un pouvoir sans cesse changeant, remis en question, où tout démon dominant peut être renversé à tout moment.

Il m'est donc désormais possible, après cette entrée en matière sur le monde des Démons, de vous narrer les faits qui se sont déroulés depuis mon arrivée.



Sire Belannaer, Prince de Tor Achare